19 janvier 2022

Leçons américaines

C’est fou comme l’Amérique de ce début de vingt-et-unième siècle est riche d’enseignement pour le monde en général et l’Europe en particulier. Du reste, il ne manque pas de bons apôtres, chez nous comme ailleurs, pour nous vanter doctement les bienfaits innombrables d’une société si flexible qu’elle réalise les plus grands prodiges. Dépêchons-nous donc de la copier pour ne pas succomber au péril chinois. L’ogre, cependant, n’aurait-il pas quelque faiblesse ? Quelle est, dans cette société tellement idéalisée – pour ne pas dire idéologisée -, la place réservée vraiment à la dignité de l’homme ? Deux évènements, en apparence totalement étrangers l’un à l’autre, devraient nous inciter à la prudence en un temps de duplication facile des recettes frelatées d’autrui. Il y a leçon et leçon.

Nucléaire : la banalisation de l’insoutenable

Addendum – citation – Alain Minc – France Inter – 23/09/08

“Je pense que le Grenelle de l’environnement a permis en contrepartie des mesures pro-environnement de valider le choix collectif en faveur du nucléaire.”


Je ne sais pas si ce monceau d’inepties aux relents gaulliens qui s’affichent sur le site du Monde en face d’une des nouvelles publicités de cette EDF qui ne cache pas ses ambitions [2] aura été lu par beaucoup d’entre nous mais on se demande comment un journal dit de référence peut laisser s’étaler autant de fausses vérités dans ses propres colonnes. En fait, il n’y a pas à chercher longtemps, l’auteur de cet article n’est autre que le « président du conseil de surveillance de la Société éditrice du Monde SA. », un de ces hauts cadres responsables qui a toutes les facilités de trouver tribune ouverte dans le journal qui le paye pour être surveillé.

On ne pourra pas reprendre point par point les niaiseries doublées d’arrogance qui jonchent ce parterre de mots produits pour soutenir le difficile projet de la privatisation d’EDF et le sauvetage d’Areva. On retiendra pour commencer la dernière phrase : « Nous pouvons, si nous le voulons, inventer à nouveau notre pétrole ». Quel message subliminal que voilà ! Rappelez-vous : on n’a pas de pétrole mais on a des idées… Ce slogan au demeurant bien venu voulait nous encourager à faire preuve d’imagination pour faire le plus d’économie d’énergie possible alors que dans la même période tout était fait pour que nos maisons soit au « tout électrique »… nucléaire bien sûr !

[Article initialement publié et largement commenté sur le site Yonne Lautre]

Ecole, c’est pas la classe !

Les lieux communs méritent d’être rappelés à l’occasion. Surtout lorsque le risque, habilement exploité par de fins dissimulateurs, de les voir confondus avec de simples idées reçues empêche la claire perception des faits. Il en est ainsi de l’Ecole qui, quarante ans après les analyses de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, sert avant tout ¬´ les héritiers ¬ª. En France, la démocratisation de l’Ecole comme institution investie potentiellement de la mission d’ascenseur social est un échec. Feindre de l’ignorer ou ne rien y changer quand on en a la conviction est une faute politique des plus graves.

Combien de temps va-t-on entretenir le poids écrasant de cette faute ?

Des ordonnances pour 3 ans !?!

Entendu sur France Culture pendant l’émission “Contre expertise” du Vendredi 26 août à 12h00 qui traitait des institutions de la 5ème République.
Invités :

  • François Bayrou
  • Guy Carcassonne, professeur de droit public à Paris X Nanterre

Lors d’un a parte surprenant G. Carcassonne nous apprend que Dominique de Villepin a obtenu de l’assemblée un droit de légiférer par ordonnance pour une durée de 3 années.

VIL PAIN

Allez, tout ne va pas mal dans nos sociétés libérales surmédiatisées. La pauvreté, elle, se porte bien. Elle prospère doucement, bien à l’abri de l’écran de fumée des statistiques officielles édulcorantes. Les élites qui nous gouvernent ont des préoccupations plus nobles que de mesurer l’ignoble. Elles ont cassé le thermomètre pour mieux ignorer la maladie. Pire, elles ont l’≈ìil rivé sur un autre instrument, le CAC 40, dont les pauvres ont l’audace de se moquer comme d’une guigne. Ces pauvres auxquels on reproche désormais de mal mériter leur pain. Au travail ! Le pain, ça se paie. De nouvelles libéralités faites à la loi économique dominante vont embellir encore la pauvreté.

Reconstruire le débat

On va dans le mur ! C’est certain, mais on accélère encore. Et sans un regard dans le rétroviseur ou un coup d’≈ìil pour les paysages qui filent de part et d’autre de la rectiligne trajectoire. On risquerait d’y apercevoir les silhouettes des innombrables laissés-pour-compte de cette course sans fin. Sans fin et sans question : il n’est aucune autre tâche à accomplir que de marchandiser la totalité des choses de notre monde pour nourrir la Croissance cannibale. Le Capitalisme ‚Äì il faut bien le nommer ‚Äì a fini par tuer le débat sur son sens profond, par appauvrir de façon angoissante l’esprit critique, par travestir l’humanisme en le couvrant d’oripeaux calamiteux. S’il existe une chance de sauver l’humanité, c’est dans la reconstruction du débat qu’elle réside.

Regards sur l’exclusion

S’il est une question sociale à la fois préoccupante et cruciale aujourd’hui, c’est bien celle de l’exclusion. Les universitaires ont beau se quereller sur la pertinence du vocable – certes discutable-, les hommes politiques s’efforcer de la dénoncer plus ou moins sincèrement, les associations caritatives ou de la revendication sociale s’échiner avec conviction contre ses diverses manifestations, un fait demeure patent : notre société est bel et bien incapable de porter remède à un mal frappant ¬´ un Français sur dix ¬ª si l’on reprend l’expression de René Lenoir, inventeur du mot ¬´ exclus ¬ª au milieu des années 1970. Depuis la dénonciation de ce dernier, clairement formulée pour interpeller le politique, la crise économique et sociale a déroulé inexorablement ses désastreux effets, déclassant de nouvelles ¬´ catégories ¬ª d’individus venant grossir les rangs de ¬´ laissés pour comptes ¬ª plus anciens. Le problème n’est évidemment pas un problème de chiffre. Il suffit de savoir que le chiffre est élevé et sans doute croissant.